Droits humains numérique

« The Machine found a man who was targeted for death. We just didn't know that he was also a killer. »

« La Machine a trouvé un homme identifié comme une victime à abattre. Nous n’avons pas su comprendre qu'il était aussi un tueur. »

 

Harold rinch dans la série Person of lnterest

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Il n'a jamais été aussi facile de localiser et de collecter des informations personnelles sur les citoyens, chaque ordinateur, téléphone mobile ou autre appareil connecté à l'Internet possédant une adresse IP identificateur unique, parfaitement localisable. Les acteurs publics et privés bénéficient ainsi de nouvelles capacités d'accès et d'analyse des informations personnelles.

Officiellement, ils doivent respecter les règles, mais les intrusions sont tentantes et plus nombreuses qu'il ne devrait. La Chine, en première ligne, s'est lancée dès 2014 sur un projet d'évaluation de sa population s'appuyant sur une analyse de données en temps réel tel que la provenance de leurs achats, les opinions exprimées, leurs performances au travail, leur conduite dans la rue au passage piéton. Tout ce qui sera envisagé comme favorable à l'économie et la politique nationale donnera des « bons points » tandis que des opinions ou agissements envisagés comme dissidents ou « non-corrects » enlèveront des points.

La mise en place a déjà commencé. Dès le 1er mai 2018, les Chinois ayant une mauvaise « note sociale » se sont vus interdire l'achat de billets de train ou d'avion pour une période pouvant aller jusqu'à un an.

On se croirait dans un film de science-fiction ou dans une série télévisée de type « Person Of Interest » mais c'est la réalité. A quand les humains notés, employés, envisagés, traités en fonction de leurs données personnelles ou de leur patrimoine génétique comme dans une version à peine plus romancée de « Bienvenue à Gattaca ») ? A quand une intelligence artificielle mise au service de la prévention, de la prédiction statistique et de la sanction des crimes dans une version réelle du film « Minority Report »? Les écoles et entreprises pourraient s'immiscer dans nos échanges personnels pour déterminer « à l'avance » qui pourrait se réaliser dans tel métier ou pas. La police pourra alors débarquer chez nous sous prétexte qu'il s'agit du bien commun.

Ce n'est pas du délire.

 

C'est la réalité qui est en train de se construire au coeur de nos instituts de recherche publics et privés et des Start Up des Sillicon Valleys du monde entier. Les auteurs de fiction ont souvent de l'avance sur la vie réelle. N'était-il pas fou pour Jules Verne d'écrire en 1865 « De la Terre à la Lune » ou pour Aldous Huxley d'imaginer en 1932 dans son « Meilleur des mondes » des bébés éprouvettes ? A nous d'y réfléchir.

 

 

Michelle Jean-Baptiste, intervenante à l’ESIN en droit des TIC

Extrait de Droits humains : Passons à l’action !, aux éditions Owen Publishing

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