Blockchain et développement durable

Les blockchains peuvent-elles permettre d’accélérer la réalisation des Objectifs du développement durable ?

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Le caractère programmable d’actifs immatériels, ou matériels, puisque rattachés à la réalité à l’aide de dispositifs et composants techniques de l’Internet des objets (IoT), renouvelle des manières de faire. Faire transiter de l’argent d’un compte à un autre, certes, mais également suivre une production agricole, du lieu de sa récolte à la logistique empruntée au point de vente, délivrant une information au consommateur.

Au-delà du transfert d’argent en pair-à-pair, sans plus passer par un intermédiaire, la monnaie programmable, trouve déjà des applications concrètes dans quatre grands domaines directement liés aux Objectifs de développement durable : l’investissement à impact social, l’économie durable et les monnaies complémentaires, l’inclusion financière et les collectes de fonds, les aides et la charité. 

Les blockchains inaugurent également de nouvelles manières de penser l’efficacité de services publics comme le cadastre ou le vote, mais aussi de réinterroger la notion d’identité numérique, à la fois « or noir » et « bête noire » du 21e siècle dans les pays développés, selon celui qui les exploite ou qui en subit l’exploitation. Dans les pays en développement, la gestion d’une identité numérique à travers une blockchain permettrait à quelque 1,1 milliards de personnes « invisibles » d’accéder à la propriété de leur propre terrain, d’ouvrir un compte bancaire, de faire du commerce et bénéficier de crédit ou d’aide au développement mais aussi d’accéder à un système de santé, de scolariser des enfants et même d’accéder à la justice.

 

Face à l’exigence d’un commerce international plus transparent au fur et à mesure qu’il se complexifie, les blockchains pourraient améliorer la traçabilité des matières premières, permettant ainsi de lutter efficacement contre le financement de conflits armés. Dans le domaine de la traçabilité agricole, AgriLedger, en soutenant les petits agriculteurs et les petites coopératives au Kenya, entre autres, illustre avec force un moyen d’améliorer, sur le terrain, les conditions de vie locale des populations. La traçabilité alimentaire et celle des modes de production, permettent d’offrir une transparence entre l’exploitation agricole ou maritime et l’assiette du consommateur, en garantissant, tout au long d’une filière responsable, un salaire décent pour le premier de la chaîne, tout en outrepassant de nombreux intermédiaires qui rendent le système actuel opaque, sujet à la fraude et largement déresponsabilisant pour le consommateur.

Le recours aux blockchains dans le domaine des énergies renouvelables trouve des applications concrètes dans cinq grands domaines : Garantir l’origine verte de l’énergie utilisée, développer l’autoconsommation collective, c’est-à-dire la mise en relation entre producteurs et consommateurs d’électricité, à l’échelle locale, inciter à la production d’énergie solaire, effectuer de manière automatisée et fiable le calcul d’économie d’énergie, pour quantifier et justifier des performances carbone. Et enfin, inaugurer de nouveaux modes de financement des énergies renouvelables.

Enfin, les blockchains nourrissent l’espoir de porter de façon optimale le système de gouvernance prévu par l’Accord de Paris sur le climat en lui conférant précisément l’ensemble des vertus qui font défaut à sa mise en œuvre : des engagements volontaires, décentralisés, traçables et potentiellement monétisables de pairs-à-pairs grâce à l’intégrité que confère ce tiers de confiance entièrement distribué entre les parties.

 

Jacques-André Fines Schlumberger,

intervenant à l’ESIN en Approche transsectorielle des blockchains

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